Vendredi 20 Octobre 2017

Ce magazine en ligne est consacré à la Veille Technologique et à l'Innovation, principalement dans les domaines des technologies nouvelles et de l'informatique.

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Il présente des articles à la pointe de la technique, rédigés par des spécialistes de premier plan.

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L’humanisme » du SI pour un numérique des lumières,
Par Christine Debray, DSI du CNC
Publié le 22 Septembre 2017

Avant d’être un rôle au sein d’une organisation, le management est un état d’esprit. Manager, c’est faire avec les gens, organiser leur travail, faire avec ce qu’ils sont dans leur complexité. Capitaliser sur leurs atouts, tout en tenant compte de leurs contraintes. Les comprendre. Peut-être, encore mieux, avoir le « goût des gens ».

Or comprendre, c’est écouter. C’est identifier les moteurs de chaque collaborateur et saisir ce qui l’anime. C’est adapter son style de management à chacune et chacun. Cette écoute empathique et attentive n’est pas une formule sympathique mais un véritable outil créant les conditions pour que chaque membre d’une équipe donne le meilleur de lui-même et renoue avec l’envie qui fait réussir les projets.

Cette posture inhérente au management efficace est (ou devrait être ?) une évidence pour toute personne en situation de manager une équipe, même si la réalité des organisations est parfois différente. Cependant, certaines idées préconçues font de l’informatique un univers de chiffres où l’humain arrive en second. Elles imaginent les professions du SI comme un monde froid où les hommes sont au service des systèmes, où la technologie souveraine règnerait sur ses sujets. C’est une conception
absolument fausse. A l’heure de l’informatisation généralisée de nos modes de vie, il s’agit même d’une idée dangereuse.

Humain, très humain : le management d’un Système d’Information

Manager un SI, c’est construire avec une diversité d’équipes et de besoins, en empathie avec la complexité de l’entreprise et des utilisateurs. C’est ce que 30 ans d’expérience dans les Systèmes d’Information m’ont appris. Toutes ces parties-prenantes sont les « clients » de la DSI, internes ou externes, qu’importe : clients tout court. Et un client a besoin d’être considéré, il a besoin de preuves d’amour, comme lui fournir des applications et un matériel de qualité.

Pour servir ces clients multiples, les technologies existent et sont disponibles, mais l’enjeu n’est pas là. C’est l’écoute qui va faire la différence : une écoute des nuances et de la complexité de l’organisation, une écoute des hommes et des femmes qui la constituent. Une écoute empathique mais également éclairée par la vision d’ensemble, ce qui fait la force de la DSI.

Bien sûr, écouter ne signifie pas toujours dire « oui ». Dans le cycle de numérisation globale que nous vivons dans le monde d’aujourd’hui, une responsabilité cruciale incombe aux managers de Systèmes d’information. Attentifs et bienveillants, ils ont aussi le devoir d’être critiques. Le devoir par exemple d’analyser les dysfonctionnements d’une organisation et de profiter de l’informatisation d’un processus de l’entreprise pour corriger et adapter ses modes de fonctionnement. Car automatiser une manière de faire (un « processus métier ») inefficace ne fera que reproduire, voire accélérer cette inefficacité, sans faire progresser l’organisation dans son ensemble. Le devoir, donc, de se frotter au quotidien de l’organisation, pour donner du sens, pour permettre aux utilisateurs de faire des choses qui leur semblaient impossibles, pour gagner en fluidité et en transversalité, pour casser les silos.

Le changement est au cœur d’un Système d’Information. Il en est l’acteur, la cause ou la conséquence, le symptôme aussi, quand les grands programmes de changement se cristallisent souvent dans un vaste chantier SI. La DSI se retrouve donc souvent au centre des résistances inévitables, induites par la nouveauté qui vient perturber le quotidien des utilisateurs.

Lorsqu’on bouscule une habitude ou un mode de fonctionnement ancré, il y a toujours un sentiment d’agression par les utilisateurs. Et seul un processus continu et en profondeur peut les faire adhérer au changement. Manager un projet SI, c’est intrinsèquement « faire avec » l’humain : faire avec l’inertie des usages, faire avec les craintes, faire avec l’utilisateur-consommateur convaincu de sa maturité numérique.

Le numérique des lumières se construit aujourd’hui

Le Système d’Information est un indicateur de la maturité d’une organisation. Non pas parce que cette dernière est à la pointe des nouvelles technologies ou équipée par la dernière génération de matériel informatique. Sa maturité s’illustre dans sa capacité à créer du sens avec la nouveauté, à vaincre les réticences, à améliorer le mode de fonctionnement collectif en s’appuyant sur les intelligences de TOUS les utilisateurs. Le management d’un Système d’Information, c’est accepter la nuance et la complexité des situations, comprendre les réticences et les besoins, écouter, expliquer. Un métier du contact et de l’humain.

Comme le siècle des lumières a pu célébrer en son temps la liberté et remettre l’Homme au cœur de sa propre histoire, la DSI a un rôle clé à jouer pour mettre l’humain au cœur de ce qui chaque jour, règle davantage nos vies professionnelles et personnelles. C’est la condition pour créer un monde pensé pour les hommes et non pour les machines. C’est la condition pour construire un numérique des lumières.

A propos
CNC : Centre National du Cinéma et de l’image animée.

Les commentaires
Excellente perspective! J'adhère à votre approche!
Acteur dans les technologies numériques, je m'étonne pourtant de la crainte de beaucoup de se voir remplacer par les robots... souvent, j'inverse la question et m'interroge si ce n'est pas plutôt l'homme qui a pris la place du robot! En effet, la standardisation et l'industrialisation de l'organisation du travail n'auraient-elles pas déjà évacué l'humain, ses motivations, ses talents, sa créativité depuis longtemps? N'ont-elles pas automatisé l'employé?
Aussi, suis-je convaincu que les technologies numériques permettent de redresser le tir, car nous pouvons les utiliser pour organiser différemment le travail et "replacer l'humain au c?ur de sa vie professionnelle".
Merci de votre article.
Dan
Par Dan le 2017-09-27 15:51:29